La crypto attire pour la performance possible, mais ce que beaucoup oublient, c'est qu'il faut déclarer. Pas pour faire plaisir à l'administration : parce que ne pas le faire, c'est s'exposer à un redressement avec majoration de 80 %. Voici ce qui s'applique aujourd'hui à un résident fiscal français qui détient des cryptos.
Le régime général : PFU 30 %
Depuis la loi PACTE (2019), les cessions de cryptos par un particulier sont imposées au prélèvement forfaitaire unique (PFU) de 30 %, qui se décompose en :
- 12,8 % d'impôt sur le revenu
- 17,2 % de prélèvements sociaux (CSG, CRDS, etc.)
Ce taux s'applique à la plus-value nette réalisée dans l'année, pas au montant total cédé. La plus-value se calcule sur l'ensemble des cessions de l'année, pas opération par opération.
L'abattement annuel de 305 €
Bonne nouvelle : un abattement de 305 € par an et par foyer fiscal s'applique sur le total des cessions imposables. Si tu cèdes pour 5000 € avec une plus-value de 500 €, tu n'es imposé que sur 195 € (500 − 305).
Attention, c'est un abattement sur la plus-value, pas un seuil d'exonération sur les cessions. Si tu réalises 100 € de plus-value sur l'année, tu ne déclares rien à payer mais tu dois quand même remplir le formulaire 2086.
Quand le PFU se déclenche
L'imposition est due uniquement lors d'une cession imposable. Les cas qui déclenchent l'imposition :
- Vendre une crypto contre une monnaie fiat (EUR, USD, GBP, etc.) — c'est le cas classique.
- Acheter un bien ou un service avec une crypto. Si tu paies ta pizza en Bitcoin, c'est une cession imposable.
Les cas qui ne déclenchent pas l'imposition :
- Échanger une crypto contre une autre (BTC contre ETH, ETH contre USDC, etc.). C'est une opération neutre fiscalement.
- Transférer entre tes propres wallets (Binance vers Ledger, par exemple).
- Détenir sans vendre. Tant que tu ne cèdes pas, aucune imposition même si la valeur a doublé.
Formule de calcul
La méthode officielle est le prix moyen pondéré d'acquisition (PMPA) appliqué à l'ensemble du portefeuille crypto. La formule simplifiée :
Plus-value = Prix de cession − (Prix total d'acquisition × Prix de cession / Valeur totale du portefeuille au moment de la cession)
En clair, tu ne calcules pas la plus-value individuelle sur ton BTC. Tu regardes ton portefeuille global au moment de la vente, et tu appliques un ratio. C'est moins intuitif que la méthode FIFO américaine, mais c'est la règle française.
L'administration met à disposition un formulaire 2086 pour faire le calcul (et un calculateur en ligne sur impots.gouv.fr).
Cas particulier : le staking
Le staking consiste à immobiliser tes cryptos pour participer à la sécurisation d'une blockchain en preuve d'enjeu (Ethereum, Solana, Cardano, etc.). En échange, tu reçois des cryptos supplémentaires.
Le traitement fiscal n'est pas encore stabilisé, mais l'approche dominante consiste à considérer les récompenses de staking comme des revenus mobiliers imposables au PFU 30 % au moment de leur réception, sur la base de leur valeur en EUR à cette date. Ensuite, quand tu cèdes ces cryptos reçues, tu déclenches une seconde imposition sur la plus-value entre la valeur d'entrée et la valeur de cession.
C'est complexe, et l'administration n'a pas tranché formellement pour tous les cas. Si tu fais beaucoup de staking, demande l'avis d'un fiscaliste.
Cas particulier : les airdrops
Un airdrop, c'est quand un projet te distribue gratuitement des tokens (en récompense d'une participation, d'une détention d'un autre token, ou simplement par tirage au sort). Là encore, la doctrine fiscale n'est pas claire.
L'approche prudente : considérer la valeur de l'airdrop à la date de réception comme un revenu mobilier (PFU 30 %), puis une cession ultérieure comme une plus-value classique.
Si l'airdrop est minime (quelques euros) et qu'on n'y touche pas, en pratique peu de gens le déclarent, mais formellement c'est imposable.
Déclaration des comptes étrangers : très important
Si tu détiens des cryptos sur une plateforme étrangère (Binance, Coinbase, Kraken, Bitstamp, Bitpanda — quasi toutes les grosses sont étrangères), tu dois déclarer chaque compte chaque année via le formulaire 3916-bis, indépendamment du fait que tu aies réalisé des gains ou non.
Cette obligation existe depuis 2020. La sanction en cas d'oubli est lourde : 750 € par compte non déclaré, qui peut monter à 1500 € si la valeur du compte dépasse 50 000 €.
Le formulaire 3916-bis se remplit en ligne sur impots.gouv.fr, dans la section "Annexes" de ta déclaration de revenus.
À retenir. Même si tu n'as pas réalisé un seul euro de plus-value, tu dois déclarer chaque compte crypto à l'étranger. Ce n'est pas optionnel, ce n'est pas seulement pour les gros patrimoines. La sanction est forfaitaire et automatique en cas de contrôle.
Les exchanges français
Les comptes ouverts chez un exchange français (Bitpanda France, Coinhouse, Paymium, StackinSat) ne nécessitent pas de déclaration 3916-bis, puisqu'ils sont en France. Tu déclares quand même tes plus-values via le 2086 si applicable.
Quand passer en BNC
Si ton activité crypto devient régulière et significative, l'administration peut requalifier en activité commerciale et te basculer en BNC (Bénéfices Non Commerciaux). Tu paies alors l'IR au barème progressif au lieu du PFU.
Les critères : fréquence des opérations, volumes, complexité (arbitrage automatisé, market making), part dans tes revenus globaux. Pour un investisseur particulier qui achète et conserve, pas de problème. Pour quelqu'un qui fait 50 trades par jour, le risque existe.
Les ETP / ETC crypto
Depuis 2020, il existe des ETP (Exchange-Traded Products) sur Bitcoin, Ethereum et d'autres cryptos, cotés sur les bourses européennes (Xetra, SIX Swiss). Exemple : 21Shares Bitcoin ETP, CoinShares Physical Bitcoin.
Ces produits sont considérés comme des valeurs mobilières classiques, pas comme des cryptos. Donc ils sont éligibles au CTO (pas au PEA), et imposés selon le régime des valeurs mobilières au PFU 30 %. Pas de formulaire 3916-bis spécifique puisque l'ETP est détenu chez ton courtier européen (Trade Republic, Boursorama, etc.).
C'est une option à considérer si tu veux une exposition crypto sans la complexité fiscale des comptes étrangers.
Tenir sa comptabilité crypto
L'administration peut te demander de justifier tes opérations. Conserve :
- L'historique de tes transactions sur chaque plateforme (export CSV ou PDF chaque année).
- Les justificatifs des achats initiaux (relevés bancaires, etc.).
- Les preuves des transferts entre tes wallets (hashes de transactions).
Des outils comme Koinly, Waltio ou Accointing aident à reconstruire l'historique et calculer la plus-value selon la méthode française. Ce sont des outils payants, mais utiles si tu as plus de 20 transactions par an.
Astuce Beewiip. Beewiip te permet de suivre tes cryptos par portefeuille, avec l'imposition française intégrée. Tu peux marquer un portefeuille en enveloppe "Crypto" et indiquer ta plateforme (Binance, Coinbase, Kraken, Ledger), ce qui aide ensuite à la déclaration. L'application calcule automatiquement ta plus-value latente et applique l'abattement de 305 €.
Ressources officielles
- BOFIP — Régime des actifs numériques
- impots.gouv.fr — Actifs numériques
- Formulaire 2086 (plus-values crypto) et 3916-bis (comptes étrangers) — accessibles depuis ton espace personnel impots.gouv.fr
Pour rappel. La fiscalité crypto évolue régulièrement. Les informations ci-dessus correspondent à la situation à la date de rédaction et peuvent changer. Pour une situation spécifique (gros patrimoine, activité régulière, multi-pays), demande l'avis d'un fiscaliste spécialisé.
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